Parlons peu parlons Science

Amandine : spécialisée en génétique des populations - agronomie

Profil  : Juhel Amandine – Ecologie, INRA (UMR Agronomie, Yvelines, Thiverval-Grignon)

Curiosités scientifiques

1. Quel sujet étudiez-vous ?

Le sujet exact (et un peu barbare) est « l’étude de la dispersion des méligèthes et de leurs parasitoïdes principaux au sein des agroécosystèmes ». Pour faire plus simple j’étudie un insecte, le méligèthe, ressemblant à un petit scarabée de 2mm de long (la taille d’une pointe de crayon pour avoir une idée). Le souci de cet insecte est qu’il pond ses œufs dans les boutons de colza, et réduit ainsi les récoltes.

Pour mieux comprendre, je vais détailler rapidement son cycle de vie. Les méligèthes passent l’hiver dans les bois cachés au chaud sous les feuilles mortes. Au printemps ils vont se nourrir du pollen de toutes les fleurs qu’ils trouvent (notamment dans les prairies) et vont dans les parcelles de colza pour se reproduire et pondre leurs œufs dans les boutons. Les larves mangent les boutons puis tombent au sol et se transforment en adulte dans le sol. A la fin de l’été ils vont diapauser (dormir tout l’hiver) dans les bois.

En parallèle, j’étudie un autre insecte, un parasitoïde qui ressemble à une petite guêpe et qui pond ses œufs dans les larves de méligèthes, ce qui les tue.

Le but de ma thèse est de trouver des solutions pour qu’il y ait plus de parasitoïdes et moins de méligèthes. Pour cela je regarde comment ils se déplacent dans les différents éléments du paysage qu’ils utilisent (bois pour l’hiver, prairies pour se nourrir etc).

Pour cela j’utilise différentes méthodes.

  • La première est une comparaison des abondances entre les différents milieux. Par exemple, trouve-t-on plus de méligèthes dans les parcelles de colza proches du bois ? Ou bien davantage dans les prairies ? Si c’était le cas, cela validerait le rôle des prairies en tant que ressources alimentaires.
  • La seconde est l’utilisation de marqueurs génétiques. Je vais vérifier si les méligèthes des parcelles de colza sont génétiquement proches (de la même famille) lorsqu’ils sont dans deux parcelles de colza non séparées par un bois. Si c’est le cas, cela montrerait que les bois empêchent les méligèthes de se déplacer.
    J’effectue le même type de travail sur les parasitoïdes. Le but serait de trouver des solutions pour améliorer le parasitisme pour qu’il y ait moins de méligèthes et ainsi que l’utilisation de pesticides ne soit plus nécessaire. Ces méthodes sont appelées lutte biologique par conservation, c’est-à-dire qu’on améliore la présence d’un auxiliaire, sans en ajouter dans l’environnement ou introduire une nouvelle espèce.

2. Quels sont les enjeux impliqués (sociaux, politiques, économiques, scientifiques) ?

Le colza est historiquement une culture sur laquelle beaucoup de pesticides sont utilisés. Or ces produits sont néfastes pour l’environnement et outre l’espèce ciblée, ils affectent largement la biodiversité environnante

Trouver des solutions pour réduire leurs usages est nécessaire et urgent ; les débats actuels, notamment avec l’interdiction de certains insecticides (ex : les néocotinoïdes) et le maintien d’autres (ex : le glyphosate) montrent que la route est encore longue avant l’arrêt total de l’usage de produits phytosanitaires.

Ainsi, améliorer le contrôle biologique par les parasitoïdes réduirait la nécessité d’utiliser de tels produits.

Envie d’en savoir plus

3. Depuis combien de temps avez-vous commencé votre thèse ?

J’ai commencé ma thèse en octobre 2014 ( j’en suis donc à la moitié… ça passe trop vite !!!)

4. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à initier une thèse ?

Les stages que j’ai effectué en master m’ont motivée à travailler dans la recherche. Pour mon stage de M1, j’ai travaillé sur la tolérance au froid de drosophiles (des petites mouches). J’ai démontré que le fait de les habituer petit à petit à des températures froides les empêche de mourir lorsqu’elles sont brusquement mises au froid. Pour mon stage de M2, je me suis rapprochée de la génétique et de l’agronomie. J’ai travaillé sur un nématode (un ver qui mesure quelques millimètres) résistant à des variétés de pomme de terre. Pour être plus explicite : des chercheurs ont mis en place des variétés de pomme de terre, dites résistantes, que le nématode ne pouvait pas attaquer. Mais au bout de 8 ans, les dégâts réapparaissent (en abimant les racines). Le but du stage était de trouver les gènes responsables de ce changement.

Il est très difficile de trouver un travail uniquement avec un master recherche, donc j’ai fait le choix de poursuivre ma formation.

5. Pourquoi cette thèse en particulier ?

L’interdisciplinarité de cette thèse (génétique, agronomie, écologie) m’a attirée, cela peut être un atout pour plus tard. Et le sujet en lui-même m’intéresse : étudier la biologie des insectes pour trouver d’autres voies que l’utilisation de pesticides.

6. Pouvez-vous décrire une journée « type » de votre travail ?

Je n’ai pas vraiment de journée type, en partie à cause de l’interdisciplinarité de ma thèse. Cela varie entre des journées terrain pour aller prélever des échantillons (ma zone d’étude est à une heure du labo), des journées labo pour trier les milliers d’échantillons, des journées labo de biologie moléculaire pour les analyses génétiques, des journées rédaction etc.

7. Et après la thèse ?

Après de nombreux post-docs, j’espère trouver un poste de chargé de recherche. Mais je ne sais pas encore exactement sur quelle thématique. Un des atouts de ma thèse est, comme je l’ai dit plus haut, qu’elle est interdisciplinaire (écologie, génétique, agronomie), cela me permet d’acquérir beaucoup de compétences. Mais cela peut aussi être un frein car je ne me spécialise pas à fond dans un domaine en particulier.

8. Un livre à conseiller aux curieux de votre thématique ?

Hum à part des livres sur les ravageurs du colza je ne vois pas trop…

En voici un qui reprend les principaux ravageurs et les auxilliaires associés (araignées, carabes, parasitoïdes…) : Biocontrol of Oilseed Rape Pests de David Alford.

9. Contribuez-vous d’une quelconque façon à la promulgation de la Science en dehors de votre travail ?

Pas vraiment, mais c’est peut être un début avec cette interview !

10. Une petite anecdote croustillante pour nos lecteurs ?

Utiliser des filets fauchoirs (sorte de filet à papillons) dans les champs comme quand on est enfant, pour le boulot, il n’y a qu’en thèse qu’on peut faire ça ! 


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