Parlons peu parlons Science

Charles-A : spécialisé en Addictologie & Biologie Moléculaire

mardi 9 février 2016 par Rédaction de Parlons peu parlons Science

Profil :Papillon Charles-Antoine – spécialisé en Addictologie & Biologie Moléculaire au sein du Groupe de Recherche sur l’Alcool et les Pharmacodépendances (GRAP INSERM ERi24)

Sur Twitter : @Charl3S

Curiosités scientifiques.

1. Quel sujet étudiez-vous ?

Je travaille au sein d’une unité de recherche spécialisée dans l’alcoolo-dépendance. Ma thématique générale est donc l’addiction et plus particulièrement l’alcoologie. Mais mon sujet d’étude est plus spécifiquement l’étude génétique et épigénétique– c’est-à-dire les modifications d’expression génique dues à l’environnement,voir l’article sur l’épigénétique– de troubles sévères liés à une alcoolo-dépendance, en particulier au niveau hépatique et cérébral.Mon travail a pour objectif de trouver et d’évaluer l’intérêt de biomarqueurs spécifiques(données biologiques présentes/absentes uniquement en cas de pathologie)à certains troubles issus d’une consommation chronique et importante d’alcool,ou à leurs traitements.

L’intérêt est multiple :

  • de repérer précocement les patients à risque de développer ces troubles
  • d’estimer l’état d’évolution de la pathologie
  • d’adapter la prise en charge en fonction de la sévérité de la pathologie
  • d’adapter la prise en charge en fonction de facteurs intra-personnels (ex : la réponse au traitement)

2. Quels sont les enjeux impliqués (sociaux, politiques, économiques, scientifiques) à ces recherches ?

L’alcoolo-dépendance est une pathologie chronique hautement récidivante à l’origine de 49 000 décès par an rien qu’en France. Cela en fait la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac, et l’une des premières causes d’hospitalisation,avec un coût économique dépassant les 120 milliards d’euros.

On estime qu’environ 5% de la population générale présente une dépendance à l’alcool. Et cette consommation chronique –en fonction des quantités d’alcool ingérées, de la période d’exposition, des facteurs de risques génétiques, et d’autres facteurs comme le sexe, l’âge de première consommation, l’alimentation – est à l’origine d’une large variété de troubles à la sévérité variable(allant de la stéatose à la cirrhose pour les plus connus, mais bien d’autres syndromes existent).

La recherche de biomarqueurs s’inscrit dans une évolution de la médecine qui se veut de plus en plus personnalisée mais aussi beaucoup moins invasive.Mon but est de trouver des marqueurs circulants(dans le sang)qu’une simple prise de sang permettrait de repérer, et qui nous indiquerait l’état du patient sans avoir besoin à recourir à des examens coûteux et/ou douloureux,voire risqués (imagerie, biopsie, …).

Envie d’en savoir plus

3. Depuis combien de temps avez-vous commencé votre thèse ?

Je commence tout juste ! Cela ne fait même pas6 mois.

4. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à initier une thèse ?

Elles sont multiples et plus ou moins terre-à-terre.La réponse courte est « parce que j’aime ce que je fais ».Tout d’abord, parce que ça répond à mon besoin constant d’en savoir plus et d’aller plus loin dans la connaissance – alors autant allier le travail au plaisir. Et puis bien sûr parce que cela correspond à mon plan de carrière qui est de poursuivre dans la recherche et l’enseignement.

5. Pourquoi cette thèse en particulier ?

J’avais déjà réalisé plusieurs stages dans cette unité de recherche, et l’entente y était parfaite. On forme une équipe très proche,et quand on se lance dans trois années de thèse il me paraît important d’avoir un groupe avec lequel on s’entend et qui peut nous soutenir face aux nombreux obstacles que pose une thèse.

Pour ce qui est du sujet en soit, il correspondait à la continuité du travail que j’avais déjà effectué. Etudier une thématique à la pointe de la technologie qui n’en est qu’à ses prémices(où tout ou presque reste à découvrir)me permet donc de m’épanouir en tant que chercheur tout en satisfaisant ma curiosité : l’épigénétique. Autre avantage de ma thèse, le fait qu’elle présente à la fois un versant clinique et pré-clinique. C’est-à-dire travailler chez l’Homme directement, mais aussi sur de la modélisation animale.

6. Pouvez-vous décrire une journée « type » de votre travail ?

Des journées « types », je n’en ai pas tellement. La particularité du chercheur c’est que son travail se passe en deux temps plus ou moins distincts. 1) la recherche bibliographique pour mettre à jour ses connaissances scientifiques, l’analyse de ses propres résultats, l’écriture de ses articles et l’écriture de ses projets futurs – la partie « administrative » en soit. 2) l’expérimentation en tant que tel. Et pour moi cette dernière étape peut encore se subdiviser entre la partie expérimentation animale, et la partie biologie moléculaire où j’analyse les données biologiques à partir d’échantillons prélevés chez ces animaux ou chez l’Homme.

Ainsi en fonction de l’état d’avancement de mon protocole, mes journées peuvent être totalement différentes : passer la journée à écrire et lire sur mon bureau,à l’animalerie avec mes animaux, ou encore dans mon laboratoire la pipette à la main.

7. Et après la thèse ?

L’après-thèse est toujours quelque chose d’anxiogène et compliqué à gérer pour les thésards. Je ne déroge pas vraiment à la règle. Je n’en suis qu’au début de ma thèse, donc il me reste du temps pour trouver… Idéalement ce serait un post-doctorat (CDD) au Canada ou aux USA (je ne suis vraiment pas original pour un sou) qui me permettrait soit de poser mes valises là-bas ou bien revenir en France avec le bagage nécessaire pour obtenir un poste de Maître de Conférence Universitaire (MCU = enseignant-chercheur titulaire, CDI).

8. Un livre à conseiller aux curieux de votre thématique ?

Sur la thématique de l’addiction ou de la génétique, ce sont tous de lourds traités assez indigestes. Au lieu de cela je vais plutôt vous conseiller un livre qui va vous donner envie d’en savoir plus sur la Science en laboratoire tout en vous marrant :Elephants on Acid d’Alex Boese. La seule chose que je peux reprocher à ce bouquin, c’est qu’aucun éditeur Français n’a eu la brillante idée de le traduire dans notre langue !Alors je sais que ça peut être un gros frein, mais ce livre est très accessible et vaut vraiment la peine, n’ayez crainte.

9. Contribuez-vous d’une quelconque façon à la promulgation de la Science en dehors de votre travail ?

Etant un passionné de la Science, j’ai tendance à me lancer dans n’importe quel projet sur lequel je peux tomber et qui me permet soit d’en apprendre plus, soit d’en transmettre plus. Alors commençons par la fin, dernièrement je me suis mis à écrire pour#3PS – si si, j’vous jure, regardez là (lien). Mais à côté je suis aussi sur quelques projets. J’essaye notamment d’importer le Festival Pint Of Science dans la ville d’Amiens. Il s’agit d’un évènement international, où pendant trois soirs,du 23 au 25 mai,partout dans le monde, des soirées seront organisées dans des Pubs pour que la Science sorte un peu des laboratoires et puisse s’ouvrir à un nouveau public. Vous y êtes évidement conviés, plus d’une vingtaine de villes en France y participeront cette année !

Je participe aussi à d’autres évènements de médiation scientifique, comme la Fête de la Science, mais aussi le programme Apprentis Chercheurs MAAD. Ce dernier me tient particulièrement à cœur puisqu’il s’agit d’accueillir une fois par mois, de novembre à juin, des binômes composés d’un(e) collégien(ne) et d’un(e) lycéen(ne) dans le laboratoire et de leur montrer ce qu’est vraiment la Science : non pas un milieu froid et austère, mais un lieu de collaboration étroite où on sait aussi prendre du plaisir. Le programme est simple : l’élève devient un scientifique à part entière, réalise un projet et des manipulations pour qu’à la fin, au mois de juin, chaque binôme présente leurs résultats dans un congrès devant chercheurs, parents, copains de classe, … De quoi découvrir la Science, mais aussi devenir un médiateur sensibilisé aux troubles addictifs auprès d’une population à risque – les adolescents.

10. Une petite anecdote atypique pour nos lecteurs ?

Les situations atypiques en sciences ont tendance à prendre des airs de normalité quand votre travail vous place au milieu d’un essaim de 30 000 abeilles dont une partie est saoule, quand vous voyez des souris jouer à Spider-Souris dans leurs cages, quand vos rats s’excitent sur un levier pour obtenir une dose de drogue, … Mais je crois que celle que je préfère c’est « la cage du cirque ». Les souris de cette cage avaient des comportements cocasses. L’une d’entre elles jouait la magicienne et s’échappait toujours de sa cage si je laissais la grille entrouverte. Une autre jouait la contorsionniste autour d’une grille. Et ma préférée sautait en l’air dès qu’elle m’entendait souffler. Et promis, ce n’était pas dû à leur traitement !

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à poser des questions via le forum (répondre à l’article ci-dessous) !


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